Premier mois : nouvelle langue, nouvelles rencontres

Premier mois : nouvelle langue, nouvelles rencontres

L’échéance du premier mois arrive dans quelques jours, alors il est temps que je me pose pour vous raconter cette première expérience… diverse et variée.

Je suis donc installée à Bangkok depuis mi-Avril. J’habite dans la maison des Missions Etrangères dans le quartier de Silom, très animé et central. J’y vis avec Charlotte, volontaire MEP en charge de la paroisse francophone de Bangkok ainsi qu’avec trois Pères MEP basés à Bangkok. Ici, il faut dire que nous n’avons pas la vie difficile. En plus d’avoir des chambres individuelles, nous avons une cuisinière et quelqu’un qui fait le ménage & la lessive : c’est grand luxe ! (Ne vous y trompez pas, cela ne va pas continuer en si bon chemin ;)). Ici, les repas sont donc préparés par le personnel, cuisine thaï le midi et cuisine européenne le soir (oui, nous avons même du fromage, c’est de la triche !).

Je n’ai jamais été super fan des grandes métropoles asiatiques et leur ai toujours préféré les petites villes de province où la nature est encore maîtresse…vous l’aurez deviné, Bangkok n’est donc pas mon coup de cœur. La ville est très polluée (chose qui est moins supportable qu’à Pékin à mon goût à cause de la chaleur) même s’il y a de beaux immeubles construits dans un fouillis de grands boulevards et de petites ruelles sales et remplies de fils électriques dans tous les sens. Nous sommes loin de la beauté des immeubles haussmanniens mais je dois avouer que le coucher de soleil sur les grattes ciels et le fleuve vaut le détour. Bangkok abrite également de magnifiques temples bouddhistes dont les couleurs et la splendeur m’émerveille. J’ai eu la chance d’aller au Musée National et d’assister à une visite guidée organisée par Serge, un expatrié français installé à Bangkok. J’ai pu apprendre de nombreuses choses que j’ignorais sur le bouddhisme et sur la signification des sculptures et différents temples de la ville. Il n’y a en effet rien de plus frustrant je trouve que de parcourir ces temples sans en connaître la signification.

Le but de ce mois à Bangkok étant de me faire prendre des cours de thaï avant la rentrée scolaire, je m’y attelle dès la semaine qui a suivi mon arrivée. Je reçois donc quotidiennement deux heures de cours particuliers par trois professeurs différentes. Autant vous dire que les premiers jours ont été difficiles… Le thaï étant une langue tonique, comme le chinois, un même mot peut vouloir dire cinq choses différentes selon l’accent utilisé… Kaw, Khâw, Khàw, Khaaw…. Ont 4 sens totalement différents… Cela peut paraître décourageant et je réalise le chantier qui s’étend devant moi… Mais le jeu en vaut la chandelle… et puis ce sera très bientôt une question de ma survie pour ma vie sociale une fois que je serai perdue dans le brousse ! Après la première semaine, j’ai commencé à mieux comprendre la logique de leur langue, il faut vraiment se détacher de la nôtre et repartir de zéro. C’est dur mais j’étais très fière quand j’ai réussi à dialoguer pour la première fois avec la cuisinière ! Le chemin est encore long !

Le reste de mon temps est consacré à du travail personnel tous les jours afin d’assimiler le cours pour le lendemain sans oublier bien sûr quelques visites des monuments principaux de Bangkok….Ici le rythme est bien vite ralenti par les 37 degrés qui nous assomment quotidiennement. La sieste étant une tradition, elle s’impose chaque jour et je me plis volontiers à cette coutume ;).

C’est aussi l’occasion de faire de nouvelles rencontres : expatriés, volontaires MEP ou d’autres associations mais aussi des personnes que je n’aurai surement pas eu l’occasion de rencontrer sans cette mission. En effet, Charlotte m’a permis de vivre deux expériences formidables en m’emmenant avec elle dans le cadre de sa mission. En plus de s’occuper de la paroisse francophone, elle donne aussi des cours d’anglais dans une école pour les enfants des bidonvilles et visite deux fois par semaine des réfugiés dans un centre de détention.

Il y a d’abord eu les enfants des bidonvilles dont je vous ai parlé dans mon article sur la Fête de Songkran. Les deux pères qui s’occupent d’eux forcent le respect : ils sont bien plus qu’une simple présence pour ces enfants qui n’ont pas grand chose et encore moins de repères dans la vie. En passant quelques heures avec les enfants, il est incroyable de remarquer leur sourire inconditionnel. Et pourtant quelle vie ont-ils ! Dans quelles conditions désastreuses vivent-ils! C’est rechargées d’énergie et d’un sentiment bien particulier que nous quittons ce terrain de jeux où nous aurons pu, je l’espère, le temps de quelques heures, faire oublier à ces enfants leur dure réalité.

La deuxième expérience que je souhaitais partager avec vous est celle de la visite des réfugiés. Deux fois par semaine, Charlotte se rend au centre de détention situé non loin de la Maison MEP. C’est une visite singulière qu’elle m’a invitée à faire ce jour-là et il est difficile de trouver les mots justes pour décrire les sentiments que j’ai éprouvé ce matin-là. Ce centre de détention abrite des personnes de toute nationalité : Pakistanais, Syriens, Ethiopiens, Afghans, Congolais ou encore Somaliens…ils ont tous deux points communs. Le premier est qu’ils ont quittés leur pays car leur vie et celle de leurs familles étaient en danger. Pour certains, ils quittent un pays en guerre civile, fuyant les bombes, pour d’autres, ils quittent un pays qui les persécutent à cause de leur foi. Le deuxième point commun est qu’ils sont tous demandeurs d’asile, et, en attente de la reconnaissance de ce statut par l’ONU, enfermés dans ce centre de détention.

C’est derrière des barreaux que je fais la rencontre de ces personnes. Chacun d’eux vêtus d’un même t-shirt orange, ils attendent leurs visiteurs venus leur apporter quelques produits d’hygiènes mais aussi de la nourriture car celle qui leur est fournie au centre est malheureusement plus que sommaire. Deux grilles nous séparent des détenues, elles-mêmes séparées par un mètre de « no man’s land », où patrouillent des gardes. Pour les détenus, avoir une visite, c’est l’opportunité d’avoir l’autorisation de sortir de la pièce où ils sont entassés les uns sur les autres et où ils n’ont même pas la place pour s’allonger et dormir. Mais c’est aussi l’opportunité de recevoir un peu de soutien pour supporter les difficultés de l’enfermement, l’éloignement de leurs familles parfois éclatées, l’opportunité de voir, derrière ces barreaux, un visage réconfortant et des mots de courage.

Cette visite fut brève, je suis restée une heure face au détenu que je visitais et que Charlotte m’avait attribué. Originaire du Pakistan, il ne parlait pas anglais mais j’ai rencontré sur place un autre visiteur qui a bien voulu faire office d’interprète. Emmanuel Arthur est donc un pakistanais chrétien, obligé de fuir son pays et qui est en attente du statut de demandeur d’asile depuis maintenant 3 mois. Sa femme et ses enfants vivent à Bangkok en toute illégalité et peuvent être arrêtés chaque jour et à chaque coin de rue. Comment vous expliquer, alors que je me trouvais du bon côté de la grille, et que cet homme, du mauvais côté, me remerciait d’être venue en me souriant, que je ressentis une terrible envie de pleurer. Autour de moi, un brouhaha ambiant obligeait tout le monde à crier pour se faire entendre de l’autre côté de la grille. Dans un endroit si hostile et vide de toute humanité, je sentais de l’autre côté de la barrière, dans le regard de cet homme, une espérance sans limites et une force déconcertante et je me sentais tellement impuissante… Que pouvais-je lui offrir à part tous mes encouragements, mon sourire, mon soutien et mes prières ? Car oui, c’est bien à ce Dieu, quel qu’il soit, que s’adressaient les détenus qu’ils soient musulmans ou chrétiens. Puisse t’il les faire libérer, leur permettre de reprendre le cours de leurs vies, de retrouver leurs familles et leurs racines.

Je vous avoue être ressortie un peu chamboulée et surtout, plus que jamais consciente du goût si particulier de la liberté. Cela paraît être une telle évidence, mais ce genre d’expérience vient rappeler à quel point la liberté est loin d’être inconditionnelle.

Tout comme la rencontre avec les enfants des bidonvilles, cela fait partie de ces expériences qui font prendre conscience de beaucoup de choses. Cela fait s’envoler les petits soucis du quotidiens, les préoccupations matérielles, les instants où notre vie nous semble bien fade et malheureuse. La leçon que j’en retiens est que nous nous devons d’être reconnaissant pour les chances que nous avons eues. Pour les personnes qui nous ont entourées/nous entourent, pour le pays dans lequel on est né et qui, comparé à d’autres, offre une liberté d’expression et d’action inouïe. Peut-être n’y a-t-il pas besoin de partir à l’autre bout de la planète pour prendre conscience de tout cela. Mais je pense qu’une piqure de rappel n’est jamais superflue. Car quand on a sous les yeux des enfants qui sont à l’aube de leur vie et sont loin d’avoir les meilleures cartes en main ou quand on voit les visages de ces détenus derrière les barreaux d’une prison, persécutés à cause de leur foi, cela ne peut laisser indifférent. Cela ne doit pas nous faire nous arrêter de vivre mais je pense que cela doit nous faire avoir conscience des libertés et chances qui nous ont été offertes et que tant n’ont pas. Cela me prépare aussi à ce que je m’apprête à vivre : rejoindre le centre de Chong Khaep qui accueille une cinquantaine d’enfants issues des familles les plus pauvres de la région et les accompagner au quotidien. C’est une mission d’être avant d’être une mission de faire. Certes, j’y vais pour enseigner l’anglais et apporter un savoir, mais c’est aussi ma présence que je leur offre, et l’amour et l’attention que je pourrais leur porter à eux, qui ne voient leurs parents que deux fois par an.

Mon aventure à part entière ne commencera que dans une semaine mais il me tarde à présent de découvrir le lieu où je vais passer mon année et les enfants qui m’entoureront. En attendant je profite des derniers repères qu’offre la capitale pour ensuite partir en immersion totale chez le peuple Karen à la frontière de la Birmanie.

A bientôt, je pense à vous,

Mélanie

1 commentaire

  1. Merci Mélanie pour nous faire partager ces moments très émouvants. C’est vrai que nous sommes très loin de tout cela et que c’est bien de se le rappeler. Audrey est venue me voir à Nantes ou je vis maintenant et nous parcourons avec beaucoup de plaisir ton blog ! Je te souhaites de très beaux jours en Thailande à tout point de vue. Je t’embrasse affectueuse
    Malika

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