Un voyage en train

Les mots se mélangent dans ma tête. Cela fait bien longtemps que je n’ai pas écrit. Que je n’ai pas pris le temps de poser les mots sur ce que je ressens.

Six mois ont passés, six mois remplis de joie, de challenges, de petites difficultés et de grands bonheurs. Six mois où j’ai été mise à l’épreuve de la mission. Celle qui nous envoie si loin de ce à quoi nous sommes habitués. Si loin de notre pays mais aussi loin de nous même car elle nous invite à un détachement complet, de de notre plaisir individuel et de nos préoccupations personnelles pour aller à la rencontre de l’autre. Prendre le temps d’être présent pour l’autre, pleinement, sans penser à soi. En se donnant.

« C’est en s’oubliant que l’on se trouve » disait Saint François d’Assise et il avait bien raison. C’est en pensant à l’autre qu’on découvre le vrai bonheur. Celui du don de soi. Dans une société qui nous pousse souvent à ne penser qu’à nos propres vies sans regarder autour de nous, à ne jamais arrêter le train qui roule à toute vitesse lancé sur une voie toute tracée. Cette année a été pour moi l’occasion de descendre quelques temps sur le quai, prendre du recul sur la direction que je prenais, choisir sur quelle voie et dans quel train je souhaitais monter.

Tout ce que j’ai découvert ici sur la manière dont les gens vivent eus fait écho en moi à ma propre culture, mon propre peuple, mon propre pays. Cela a fait écho a tout ce que je prenais pour acquis. A tout ce que je trouvais normal. Comme dans toute chose, il y a du positif et du négatif. Ils m’ont appris la simplicité de leur vie, l’authenticité de leur accueil, l’intensité de leurs regards, et le langage du cœur. Ils m’ont appris à tout relativiser, à penser solidarité plus qu’individualité. Ils m’ont appris à prendre le temps et à être patiente. A prendre les choses comme elles venaient et à lâcher prise sur ce que l’avenir nous réserve. Ils m’ont fait partager leur foi, si belle, si simple, si authentique. Cette foi, ces religions, ces croyances qui ici sont au centre de tout, que ce soit pour les bouddhistes, les catholiques, les protestants, les animistes…Quand en Europe, elle devient taboue et remisée, elle est ici à son apogée. La norme c’est de croire et de vivre à travers cette croyance, quelle quelle soit tandis qu’en Europe, les croyants sont incompris, souvent jugés et en minorité malgré l’héritage historique que nous avons. Ils m’ont fait prendre le temps de contempler et apprécier une nature et un environnement hors du commun. Ils m’ont fait découvrir la joie des petites choses simples et combien cette joie était porteuse d’énergie.

Ils m’ont aussi appris à regarder mon propre pays avec de nouveaux yeux. Y voir son héritage historique, architectural, son avancée technologique, son émulation intellectuelle, son envie, besoin de comprendre, son sens critique, sa culture, la richesse de son patrimoine, de sa nourriture, son éducation, son système éducatif qui, aux vues de ce que j’ai pu découvrir ici, n’a pas à rougir. J’ai appris, de loin, à apprécier tout ce qui m’a permis d’être aujourd’hui qui je suis.

Certains pourront penser que leur vie est arriérée, et derrière nous depuis des siècles et que le progrès est arrivé. Mais leur mode de vie en communauté et leur façon de penser auraient beaucoup à nous apprendre, nous qui ne savons plus prendre soin les uns des autres, qui apprenons à construire des palissades entre nos maisons, à juger au premier regard, à accorder tant d’importance a une apparence souvent trompeuse. Nous qui passons parfois à côté de l’essentiel.

Oui cette année aura été, a bien des aspects, un retour à l’essentiel. Revenir en France, après tout ça, est je vous l’avoue porteur de certaines appréhensions. Il parait qu’on l’oublie vite, cette « parenthèse de vie » indescriptible, et pour beaucoup difficilement compréhensible. Mais je ne veux pas l’oublier. Je veux pouvoir chaque jour, apprendre à regarder mon monde comme j’ai appris à regarder le leur. J’ai envie de, comme eux, me rapprocher de l’essentiel, et apprendre à vivre différemment. J’ai envie de vivre ma foi avec autant d’intensité que quand les chants des enfants résonnent au fond de cette petite église en bois, perdue dans la montagne. J’ai envie que cette bulle de vie ne soit pas qu’une bulle, mais qu’elle continue Ad Vitam.

Voici peut-être mon plus grand challenge. Vivre chez moi, ce que j’ai appris chez eux. Choisir le bon quai, sauter dans le bon train, aller à la bonne vitesse et surtout, prendre le temps d’admirer le paysage.

A très (très) bientôt,

Mélanie

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